Tokyo veut devenir un centre financier mondial

La situation politique à Hong Kong va probablement redistribuer les cartes de la finance en Asie et le Japon a déclaré à plusieurs reprises vouloir attirer les traders de l’ancienne colonie britannique. Dans une interview donnée à des médias japonais cette semaine, le nouveau premier ministre Yoshihide Suga a réaffirmé les ambitions de Tokyo dans ce secteur.

Ces déclarations interviennent quelques jours seulement après la fermeture de la Bourse de Tokyo pour une journée suite à une panne technique, que Suga a qualifiée de « très regrettable ». Mais au-delà de cet incident historique, Tokyo devra surmonter plusieurs handicaps pour pouvoir attirer les banques et institutions financières internationales.

Le premier d’entre eux est fiscal : en effet, le taux d’imposition sur les hauts revenus  est environ deux fois plus important au Japon qu’à Hong Kong ou Singapour : 33% sur un salaire annuel de 10 millions de yen par exemple. Les impôts sur la succession du pays, jusqu’à 55% pour les plus riches, sont aussi parmi les plus élevés au monde. Une commission du parti libéral va étudier cette question et remettre ses conclusions à la fin de l’année.

D’autre part, le Japon souffre de deux problèmes importants dans la compétition pour attirer la finance internationale : le manque de diversité dans les conseils d’administration de ses entreprises, et le faible niveau général en anglais.

Selon une étude du cabinet Spencer Stuart citée par Nikkei Asia, seulement 9% des membres des conseils d’administration au Japon sont des femmes (contre 47% en France) et seulement 3 % sont des dirigeants étrangers (36% en France). Suga, comme son prédécesseur Shinzo Abe, a déclaré qu’il allait pousser les entreprises à plus de diversité. 

Enfin, l’anglais, langue internationale des affaires, reste un problème récurrent au Japon. La pays a a glissé l’année dernière au 53ème rang du classement international de la maîtrise de cette langue.

Même si Tokyo, déjà troisième plus grosse place financière au monde, ne manque pas d’atouts, la plupart des experts du secteur sont aujourd’hui sceptiques sur ses chances de séduire les traders de Hong Kong.

Lexique : redistribuer les cartes

« La situation politique à Hong Kong va probablement redistribuer les cartes de la finance en Asie et le Japon a déjà déclaré à plusieurs reprises vouloir attirer les traders de l’ancienne colonie britannique».

L’expression provient des jeux de cartes. À la fin d’une partie, ou même en cours de partie quand les positions entre les jours ne bougent plus (le premier reste premier, le second reste second, etc…), on recommence une nouvelle partie en repartant de zéro. On redistribue alors les cartes et tous les joueurs sont de nouveau à égalité. 

On utilise donc l’expression « redistribuer les cartes » pour dire qu’une situation (par exemple un marché ou une industrie) qui semblait figée (= ne plus pouvoir bouger) va probablement changer suite à un événement particulier. Suite à cet événement, les positions des différents acteurs sur ce marché ne seront peut-être plus les mêmes.

Dans le cas de cet article, Hong Kong avait une position forte et stable sur le marché de la finance en Asie. Les derniers événements politiques amènent certains investisseurs internationaux à quitter Hong Kong. Ils vont donc choisir une nouvelle base en Asie pour leurs activités. Ces changements vont redistribuer les cartes sur le marché de la finance asiatique. 

Pour prendre un autre exemple dans l’actualité récente, on pourrait dire :
« Le rachat de 100% de Docomo par NTT va
redistribuer les cartes sur le marché japonais de la téléphonie mobile » ». 

 

Grammaire : au-delà de (renforcer une argumentation)

« Mais au-delà de cet incident historique, Tokyo cumule plusieurs handicaps pour pouvoir attirer les banques et institutions financières internationales ».

« au-delà » est d’abord une préposition de lieu qui signifie « plus loin que ». Par exemple :
« Continuez à marcher pendant un kilomètre au-delà de ce pont, et vous trouverez un lac sur votre gauche ». 

Cette utilisation est devenue assez rare mais « au-delà de » reste utilisé de façon figurée pour signifier « plus loin que ». Par exemple :
Les résultats de cette année ont été au-delà de nos prévisions les plus optimistes.

Dans le cadre de cet article, j’utilise « au-delà de » avec ce sens d’aller « plus loin que » et c’est aussi une façon d’exprimer une progression dans la présentation des arguments

Dans cette partie de l’article, je suis en train de citer les raisons pour lesquelles il a être difficile pour le Japon d’attirer les traders de Hong Kong. Je commence donc par donner la raison la plus faible (la panne technique). Le fait d’utiliser ensuite l’expression « au-delà de » annonce que je vais donner maintenant des raisons plus importantes (problèmes structurels de fiscalité, de diversité et d’anglais). 

Attention : « l’au-delà » est un nom, parfois écrit « l’Au-delà », qui désigne le monde dans lequel on passe à la fin de sa vie (après la mort donc). On parle par exemple de la peur de l’au-delà. 

Crédit photo : Pixabay

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